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Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada

© Valerian Mazataud – septembre 2013


Bangkok, Thailande. 20 juin 2003. 11 540 km . "Apsaras".

Par Valerian Mazataud, Photojournaliste, Montreal

jeudi 7 février 2008, par Valerian Mazataud

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Sawat di !

Chaque frontière est une nouvelle surprise. A chaque fois nous sommes frappés par les différences que peut engendrer une simple limite imaginaire. Pourtant, ici, pas besoin de traverser un océan, un bras de mer, un fleuve, ou un désert, cent mètres de bitume suffisent à nous faire faire un bond en avant de 50 ans. Derrière nous, nous laissons un Cambodge tranquille et rural, avec ses quelques cabanes khmères où l’on vend des fruits et du poisson séché alignées le long d’une route poussiéreuse.


Devant nous, des immeubles de plusieurs étages, des supermarchés climatisés, pleins à craquer, d’énormes 4 x 4 vrombissant, des distributeurs à cartes, etc. C’est le choc de notre entrée en Thaïlande. A notre gauche, le résultat de 100 ans de colonialisme, 40 ans de guerre, et 4 ans de génocide. A notre droite un bébé dragon qui prend son envol dans le sillage de la Corée du sud ou de Hongkong. Saviez vous qu’on conduit à gauche en Thaïlande ? En tout cas, pour nous le changement principal vient de l’état des routes. Durant près de 300 km au Cambodge nos journées sont devenues un véritable calvaire. Lambeaux de goudron, plaies d’asphalte, nous suivons une route lépreuse qui perd son bitume. Le soleil n’est plus qu’une boule incandescente depuis que la mousson nous a quitté. Nous scrutons en vain le ciel dans l’espoir d’une goutte de pluie qui nettoierait la croûte de poussière dont nous recouvrent les camionnettes bringuebalantes où s’entassent souvent plus de 20 personnes. Les forêts semblent avoir disparu, à perte de vue ce ne sont que terres arables grossièrement labourées. Heureusement, nous pouvons trouver refuge à l’ombre chez les nombreux vendeurs de jus de canne, de glaces, ou de pastèque qui jalonnent la route.

Après trois spectacles à Phnom Penh, l’ASPECA avait bien balisé notre route. A l’orphelinat de Konpong Thom, l’orchestre traditionnel est là pour rythmer notre prestation, et on nous remercie même avec des bouquets de fleurs comme au tour de France ! A Siem Reap, l’accueil est plus mitigé, mais Manuela de l’ONG italienne CIAI (Centro Italiano Aiuti al’Infanzia), nous présente des enfants nettement moins timides dans une école sponsorisée par l’association. Dans chaque école de l’ASPECA, nous assistons aux danses des enfants, la danse des tigres, des papillons, des cocos, toutes de brillants numéros de théâtre, de rythme et de chorégraphie.

De passage à Siem Reap, nous visitons Angkor et ses quelques 380 temples disséminés dans la jungle. En 889 le roi Yasovarman 1er choisi ce site pour y fonder sa capitale (Angkor en khmer). Rois et princes s’y succédèrent jusqu’au 12° siècle, à l’apogée de l’empire Khmer. En 1145, c’est à Suryavarman II que l’on doit l’édification du mythique Angkor Vat, imposant temple montagne dédié à Vishnou, dont les tours spiralées ornent toujours le drapeau national. Quelques km plus loin, nous franchissons la porte sud d’Angkor Tom. Au bout d’une allée monumentale, où 80 géants soutiennent deux Nagas, les serpents sacrés à spet têtes, s’élève une impressionnante arche de pierre surveillée par un immortel gardien moussu à quatre visages. Nous pénétrons dans l’ancienne capitale de Jayavouman VII, le premier roi bouddhiste. En son centre trône l’énigmatique temple de Bayon, montagneuse forêt de visages de grès à quatre faces. Nul ne semble à l’abri du regard des yeux mis clos de ces seigneurs de la roche, dont la mystérieuse expression allie la sérénité de Bouddha, à l’ironie, au machiavélisme d’un guerrier, ou à la bonhomie d’un marchand chinois. En 1430, cédant sous les assauts des Siams (actuels thailandais), la cité fut abandonnée au profit de Phnom Penh. Dans le temple de Ta Phrom rien ne semble avoir bougé depuis, hormis la forêt. Les temples de bois de fromager se sont élancés haut vers le ciel, au dessus de ceux des hommes. Leurs racines, longs boas végétaux, ont soulevé les dalles des chemins, renversé les autels, traversé les murs, enlacé les bas reliefs des douces Apsaras (danseuses célèstes). Les géants de pierre sont recouverts de lichens, comme les vieux bateaux de balanes. Se soutenant l’un l’autre comme deux vieux compagnons venus du fond des âges, si bien que l’on ne sait plus qui du bois ou de la pierre fut le premier. (http://www.angkorwat.org/).

Régulièrement, nous demandons asile dans les nombreuses pagodes qui jalonnent notre route. On nous y reçoit toujours avec le sourire, et les bonzes, en majorité jeunes, trouve là une occasion de travailler leur anglais. Crâne lisse comme une boule de billard, robe safran au vent, ils sont une dizaine à nous regarder alors que nous profitons d’une douche réparatrice à la pompe de la pagode. Le matin on nous offre un petit déjeuner de riz, poisson séché et bananes, mais dés que nous en avons l’occasion nous essayons de dégotter du pain pour avaler avec notre café. C’est que question petit déjeuner, nous sommes restés très conservateurs. Pourtant, nous ne sommes pas du genre à renoncer aux expériences culinaires. C’est ainsi, qu’après avoir mangé du chien au Vietnam, nous nous tournons maintenant vers l’entomophagie. Ah une tarentule frite bien craquante, le croustillant d’une sauterelle grillée. Blattes, fourmis, larves blanchâtres, scorpions, termites, les marchés regorgent de merveilles que nous n’avons pas encore testées.

Après le Cambodge, Bangkok, vaste tourbillon urbain, chaudron humain est pour nous un passage obligé pour obtenir nos visas pour le Laos et la Chine. (changement de parcours : le passage par la Birmanie est trop compliqué).

Avant de venir nous y asphyxier, nous prenons un bol d’air marin à Koh Chang, petit paradis tropical escarpé et luxuriant, cerclé d’un anneau étincelant de plages coralliennes. Nous passons la nuit au "Nature Bar" de Lonely Beach, où un bidon de kérosène attend les jongleurs de passage. Durant toute la soirée, australiens, canadiens, français, et anglais se relayent avec bâtons, chaînes, et massues dans une véritable guerre du feu, les pieds dans l’eau, léchés par la marée montante, à 30degrés &helliphttp://www.koh-chang.com/

Quittons nous sur ces notes enchanteresses,

Paina,

Chaiyaiphu, Thailande. 29 juin 2003. 12 130 km. "Babylone".

Sawat dee,

toujours en Thaïlande, nous nous dirigeons maintenant vers le Laos, notre prochaine destination. Longue pause, un peu forcée, à Bangkok (BKK). Nous devons obtenir nos visas pour le Laos et la Chine, ce qui nécessite quelques délais. Nous atterrissons dans une Guesthouse de Khao San Road, quartier généralement défini comme le Ghetto à touristes de BKK, c’est également un des moins cher. Le genre d’endroit où l’on veut vous faire croire que tout a été pensé pour vous, du food-shop, au magasin de souvenirs en passant par le revendeur de cartes routières d’occase, de CD pirates, ou de fringues tendance.

En une semaine, nous avons eu le temps d’explorer la ville, de nous perdre dans les étroites ruelles du quartier chinois où s’entassent les marchands de chaussures, de cahiers de comptes, de poulpes séchés, de jantes alu ou de "Boudhaseries" diverses, bougies de plus de 2 mètres, paniers garnis pour les offrandes aux bonzes. De grosses marchandes poussant leurs chariots, y circulent en hurlant les bienfaits de leurs beignets brûlants. Bangkok a ceci de particulier que l’on ne s’y retrouve jamais, il y a un monde entre le plan de la ville et l’itinéraire acrobatique que l’on doit suivre pour arriver à la poste par exemple. Cela dit, c’est notre façon préférée de découvrir une ville.

Hausse du niveau de vie oblige, les scooters sont remplacés par de grosses berlines a moitié vides. La ville est un perpétuel bouchon fumant et pétaradant. "Tuk-Tuk", motos, taxis, et cyclistes (pas beaucoup à part nous) sont en première ligne pour se faufiler entre les véhicules au feu rouge. Les agents de police plantés au milieu des carrefours font de leur mieux pour survivre à grands coups de sifflets et de gesticulations. Comme eux, nous avons adopté le look chirurgien, avec nos petits masques en tissus. Une bonne façon de se déplacer c’est de prendre la bateau, péniches sauvages raclant les quais du "Cha-Phraya", ou "Longues Queues" (appelées ainsi à cause de leurs hélices accrochées au bout d’une longue perche) bourdonnants au creux des minuscules "Khlongs" (canaux). Au bord de l’eau, c’est toute une ville parallèle qui s’organise sur pilotis. Mais avant tout, BKK est une ville de temples, trop nombreux pour tous les visiter ou les citer. Nous avons été frappé par le faste et le luxe des édifices, décorés et dorés à en avoir la nausée. Les statues de Bouddha y sont aussi nombreuses que variées, comme c’est le cas au Wat Benjamabopitr, où l’on passe d’un Bouddha pakistanais squelettique à une représentation japonaise dodue et souriante.

Une des grandes spécialité thaï, c’est de représenter le Bouddha couché, apparemment la position qui l’a conduit au Nirvana (sérénité). On ne fait pas dans la demi mesure, les statues de 45 m de long, sont entièrement recouvertes de feuilles d’or. Plus encore, ce qui nous frappe, c’est la vie qui règne dans ces temples, gérés par les bonzes. Un cortège de familles, de jeunes ou d’anciens défile en permanence pour se prosterner et apporter quelques offrandes aux statues. Les Wats sont également des lieux de vie, véritables stades de sport, où l’on pratique le basket ou le "Takroa", une version acrobatique et spectaculaire du foot-volley.

Une semaine, ça laisse le temps de se forger quelques amitiés, ce qui n’arrive pas aussi souvent quand on change de maison tous les jours. Nous rencontrons notamment Pla et Fhai (poisson et coton), deux étudiantes respectivement en langues étrangères et en archéologie. Chaque soir elles nous emmènent à la découverte de la ville jusqu’au petit matin, à l’heure où les retraités effectuent leur séance de gymnastique matinale. Nous faisons également la connaissance d’une troupe de jonglage de rue avec qui nous nous entraînons quotidiennement. Les Thaïlandais sont très doués, et fabriquent eux mêmes des instruments de qualité. Le vendredi, ils improvisent une grande soirée de jonglage enflammé face au palais royal. Et puis, ça ne nous arrive pas souvent, nous rencontrons un couple de cyclotouristes français, Charlot et Marion qui viennent de traverser toute la cordillère des Andes et la Nouvelle Zélande : bonne route à eux !

Avant de quitter la cité des Anges, parait-il, nous célébrons la fête de la Musique en avance de 6 heures grâce à l’alliance française. Une bonne occasion de découvrir la scène rock talentueuse de la ville. Mais la vie citadine ne nous réussit pas, nous nous empâtons et sommes heureux de reprendre la route vers Ayutthaya puis Chaiyaiphu, route parsemée de temples sublimes. Le premier soir, nous sommes pris en charge par Rat, Soon et Pung, les cousines de la famille Knobthaisong. La bonne humeur de cette famille nous met très vite à l’aise, nous échangeons photos, petits mots dans les carnets et beaucoup de rires. Le lendemain matin elles nous emmènent au temple de Phraphutabat, où pour un don de quelques baths, on a le droit de soulever un éléphant de fonte, avec le petit doigt, et de faire un voeu. On peut également faire sonner une série de grosses cloches de cuivres dont chacune semble raconter une histoire différente. Nous apprenons à nous prosterner devant Bouddha, mains jointes, avant de ramener les cheveux en arrière (très important), puis de déposer nos fleurs et nos bâtonnets d’encens, et de coller une feuille d’or sur les statues des grands anciens. Tout ça nous parait beaucoup plus marrant que la messe du dimanche, peut être pourrait on soulever des sangliers chez nous ?

Plus question de planter la tente, c’est une véritable étuve, Bien cuit ou à point votre cycliste ? Alors nous trouvons d’autres solutions, une station service désaffectée, et son gardien fier comme un pape avec son uniforme et ses menottes, un bar où l’on nous sert une soupe de gros rock Thaï langoureux jusqu’à deux heures du matin. Nous nous réfugions régulièrement dans les Wats (temples), où on vient parfois nous réveiller à 4 heures d’un grand coup de gong, avant que les bonzes n’entament leurs lancinantes litanies face aux statues dorées de la salle de prière. Dans la série surprise nocturne, nous voyons également débouler le fermier de la grange où nous dormons, accompagné de ses deux frères, qui entreprend d’égorger et de dépecer deux gros cochons qui grognaient tranquillement dans leur enclos. Ne vous dérangez pas pour nous ! Nous nous réveillons au petit matin entre des flaques de sang encore fumantes.

Voilà pour nos news de Thaïlande,

Passez un bon début d’été

Pailacha,

Val et Seb


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