Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada
© Valerian Mazataud – septembre 2013
Par Valerian Mazataud, Photojournaliste, Montreal
mardi 5 février 2008, par
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Xin Chao !
Déjà une semaine d’aventures vietnamiennes entre terre et eau, au fil du “Cuu Long”, le Mékong, le fleuve des neufs dragons, comme les neuf bras que la puissance du fleuve tibétain a creusé dans la terre pour se frayer un passage vers la mer de Chine. Ne parler que de bras à propos du Mékong est faible, il faudrait également parler de ses doigts qui se faufilent partout, jusque dans les jardins et les champs.
On ne sait plus finalement si c’est le fleuve qui pénètre la terre, ou si c’est la terre elle même qui se fraye un passage d’îlots en îlots. Un proverbe vietnamien dit que dans le delta, une barque est plus utile qu’une bicyclette, et chaque jour notre route plonge dans les eaux boueuses du fleuve, ou l’un de ses innombrables canaux (rachs). Sur une passerelle branlante, nous descendons nos lourds équipements dans une longue jonque à fond plat, dont les terrifiants yeux noirs guident le passeur vers un port de l’autre coté de cette dense jungle aquatique. Un autre proverbe dit : “Pour faire la guerre il faut du riz, et pour faire la paix, il faut du riz aussi”. Le delta entier frissonne au rythme des molles ondulations des jeunes pousses vertes dansant dans le vent, aussi loin que l’œil puisse porter. De ci de là, un chapeau conique s’affaire. Une femme revêtue d’une épaisse tunique est occupée à repiquer les plants. Parfois, la route n’est plus qu’une digue, comme un immense quai survolant une étrange plaine mouvante. Les bassins de “Tilapias” (carpes), et les nénuphars ont remplacé les jardins, et au bout de l’allée, c’est dans le fleuve que la grand mère Le Thi Lam, lave notre linge.
Planter la tente est un réel problème, en raison de l’incroyable densité de population tout d’abord, et de l’humidité ensuite. Mais ce n’est pas le pire…. ! Après que Seb ait fait son portrait, Ten Le Thi Lam nous propose de passer la nuit avec sa famille. Notre arrivée y fait comme à l’accoutumée sensation, et l’on égorge un poulet pour l’occasion. Il ne reste qu’une simple formalité : déclarer notre présence à la police. Mais le fonctionnaire campagnard, furieux, nous chasse et veut nous envoyer à l’hôtel. Nous prenons prudemment la tangente, et partons planter la tente dans un jardin. Hélas, retour de notre garde pêche furax qui tente de nous extorquer 10 dollars. La gravité de notre cas nécessitera finalement l’intervention des plus hautes autorités du commissariat de My Ho, face à l’île où nous campons. A minuit, nous entamons une discussion qui se solde par la confiscation de nos passeports, que nous récupèrerons le lendemain, non sans avoir reconnu avoir violé les lois du pays. Bel exemple de la sclérose bureaucratique et hiérarchique qui gangrène encore le pays.
Nous voilà donc face à un dilemme, dormir à l’hôtel ou nous faire héberger chez l’habitant. La deuxième solution nous séduit nettement plus, et nous avons développé une technique quasiment infaillible si on ne nous invite pas spontanément : nous nous posons dans un bar en fin de journée, et nous engageons la conversation, (c’est beaucoup dire), à l’aide de notre précieux lexique, de dessins, et de quelques tours. A cette heure ci, les hommes se retrouvent pour l’apéro local. On sort les caisses de bière, ou les bouteilles de “Rusu Trong”, l’alcool de riz, en piochant dans de grands bols de crevettes, ou de crabes brûlants. C’est le moment idéal pour faire connaissance. Un jour chez Haib, professeur d’anglais, un autre chez les Thanch. Lors de notre première soirée à la campagne, monsieur Bui Van extrait du bout de ses baguettes quelques unes des formes noirâtres qui macèrent au fond d’une jarre d’alcool de riz, des serpents et des hippocampes ! Délicieux au demeurant.
Nous ne sommes pas au bout de nos surprises culinaires en Asie, et chaque jour nous nous émerveillons de la variété et de la qualité de la cuisine locale qui accommode nouilles et riz à l’infini. A midi, nous nous arrêtons pour apprécier un thé, toujours servi glacé, ou un “Ca Phe Suu” (café au lait), qui après avoir filtré au travers d’une minuscule passoire est agrémenté de lait concentré, avant d’être renversé dans un verre de glaçons.
Nous cherchons encore notre rythme, car ici la journée commence tôt, dormir jusque 6 heures du matin c’est déjà faire la grasse matinée ! Cela nous a un peu surpris au début. Nous pouvons également dire adieu à notre tranquillité, comme en Afrique, nos moindres faits et gestes sont suivis en direct par un public ébahi. Mais nous nous prêtons volontiers au jeu, car nous sommes là pour faire le spectacle.
Notre passage à l’orphelinat bouddhiste de la Pagoda Thieu Giac de Saigon, dont l’adresse nous avait été communiquée par l’association de parrainage Partage restera à jamais un souvenir magnifique. Nous y sommes accueillis par des nonnes souriantes en tunique grise, et nous présentons notre spectacle à la soixantaine d’enfants qui vit là. Mais pour eux, c’est surtout nous le spectacle. Ils ne se lassent pas de nous tirer les poils dans tous les sens, de nous scruter intensément, de nous sauter sur les épaules, sur les bras, de s’accrocher à nos jambes et à nos mains. Lorsqu’ils partent se coucher à neuf heures, nous sommes épuisés mais heureux de leurs sourires. Le lendemain matin Seb file au centre international de santé, inquiet de brûlures pulmonaires et d’une fatigue excessive. Soyez rassurés, pas de SRAS à l’horizon, peut être simplement le contre coup de l’arrivée au Vietnam.
Présenter notre spectacle ici ne pose jamais de problème. Il suffit de trouver une école ouverte et pleine d’enfants, si possible de 6 à 12 ans, et de s’expliquer avec un professeur bilingue. Nous déballons notre matériel, sous le regard intrigué des enfants, que les maîtres ont installés en arc de cercle avec une rigueur toute militaire. Pour débuter nous entraînons les enfants dans une chorégraphie gesticulante, qui les amuse beaucoup. S’en suit alors un affrontement entre Val, au bâton du diable, et Seb au diabolo, qui se termine par une tentative de Val d’assommer son rival avec une massue. Les massues sont prétextes à toutes sortes d’imitations : guitares, violons, longues vues, …, avant de servir à jongler au son du Djumbee sénégalais. Ensuite, Val se débarrasse de Seb par la ruse, et commence à jongler avec des balles, que son éternel rival de clown lui vole, ce qui nous permet de jongler à deux. C’est alors que Seb s’évanouit à cause de “la chaussure qui pue” d’où nous sortons le mouchoir magique. Enfin, clou de notre spectacle, une avalanche de baffes et coups de pied au … derrière, pour Val, qui a toujours un franc succès. Pour conclure nous présentons quelques tours de magie et sculptons des ballons, avant de nous éclipser.
A ce propos, il est temps pour nous de reprendre la route, direction le Cambodge, où nous pensons arriver début juin. Oui, nous savons que nous avons “un peu” de retard sur notre programme.
Bonne route à vous aussi, Tam Biet,
Val et Seb