FocusZero

Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada

© Valerian Mazataud – septembre 2013


Centro de Appoyo

Par Valerian Mazataud, Photojournaliste, Montreal

mercredi 6 octobre 2010, par Valerian Mazataud

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P.-S.

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A St-Rémi, le Centre d’appui pour les travailleurs agricoles migrants doit soutenir les saisonniers sans compromettre leur situation
« Même moi, en tant que francophone diplômé, j’ai du mal à obtenir un renseignement. » soupire Julien Barbeau en racrochant un téléphone qui a rarement l’occasion de quitter son oreille. « Notre quotidien, c’est un peu la maison des fous. » renchérit Marie-Jeanne Vandoorne. A eux seuls, les deux jeunes dîplomés en science politique de l‘Université de Montréal, gèrent plus de 700 dossiers administratifs tous plus alambiqués les uns que les autres. Tout a commencé en 2003, dans un winnebago, qui se promenait de ville en ville, et de ferme en ferme. A la faveur de la nuit, et à l’insue des employeurs, Patricia Pérez, une syndicaliste mexicaine réfugiée à Montréal, organisait les premières réunions syndicales de travailleurs saisonniers. Le jour, la camionette ouvrait ses portes pour conseiller et assister les travailleurs dans leurs demandes administratives. Il a fallu attendre cinq ans, avant que le centre s’installe définitivement dans un local, une année après la mort de Mme Perez, emportée par un cancer à 52 ans.
Aujourd’hui, le local est stratégiquement situé, face à la banque nationale, et voisin de Sodaga Xpress, l’agence de transfert de fonds. Pour plus d’une centaine de travailleurs, c’est devenu un passage obligé, le jeudi ou le dimanche, le jour de la visite à la ville. Parfois, ils n’ont qu’une heure pour faire la file à la banque, envoyer leur argent, et faire l’épicerie de la semaine, explique Marie-Jeanne Vandoorne. Chaque Jeudi, les épiceries de la ville sont mises à sac, « Certains font la course pour s’emparer des derniers poulets rotis ! », confie la coordonatrice avec amusement. Pour la visite au centre d’appui, en revanche, c’est profil bas. Certains employeurs n’hésitent pas à menacer les ouvriers de renvoi en cas de visite au centre explique Marie-Jeanne Vandoorne : « Parfois, c’est même leur consulat qui les met en garde. » Les ouvriers du Guatemala en particulier y pensent à deux fois avant de franchir les portes du centro de apoyo. Il faut resituer dans le contexte, précise Julien Barbeau, la situation politique et économique est encore beaucoup moins favorable qu’au Mexique, alors ces travailleurs ne veulent rien faire qui puissent compromettre leur situation. Pour prouver leur motivation, un dépot de 500 dollars leur est demandé pour intégrer le programme au Guatemala, le salaire local de quelques mois de travail estime Julien Barbeau.
Sergio n’a pas hésité. Comme des centaines de travailleurs, il est en attente de nouvelles quant au versement de ces bénéfices parentaux. Avec les déclarations d’impôts, c’est ce qui occupe le quotidien des salariés et bénévoles du centre d’appui. Le syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), qui chapeaute les différents centres d’appui à travers le pays, a déjà assisté plusieurs milliers de travailleurs dans la démarche, ce qui leur permet généralement d’empocher un avantage financier moyen de 5000 $. L’Union des Producteurs Agricoles, qui a mit en place un service en espagnol depuis quelques années, propose des services similaires, mais moyenant finance.
Javier vient se renseigner sur une bourse d’étude, Ignacio s’interoge sur son relevé de participation aux rentes, Julian cherche à joindre la comptable ontarienne qui refuse de lui faire parvenir son retour d’impôts. Alfonso est un régulier, un grand costaud qui suit assidument les cours de français. Aprécié de son patron, il visite le centre sans hésiter, alors que d’autres craignent les mouchards. « C’est le plus délicat dans notre boulot. Je peux faire des actions bénéfiques, mais je peux contribuer à faire perdre son emploi à quelqu’un. » regrette Julien Barbeau.
Pour une partie des travailleurs, c’est une épée de damocles, toujours suspendue au dessus de leur tête. Une mauvaise lettre de recomandation et c’est l’éviction du programme. Certains craquent sous la pression. Cette année, une travailleuse s’est enfui de sa ferme, et reste introuvable. La jeune mexicaine accusait son employeur de ne pas vouloir lui rendre ses papiers, et un médecin lui avait diagnostiqué une crise de stress aigue. « Si elle avait porté plainte à la commission des normes du travail, elle aurait peut être pu changer d’employeur, mais maintenant la situation est délicate. » regrette la jeune coordinatrice du centre d’appui.
Aujourd’hui, l’employeur se retourne contre le centre d’appui. « Il est arrivé que je donne rendez-vous à un travailleur dans la forêt, juste pour pouvoir le conduire à la banque.

Voir en ligne : Le Devoir


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