Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada
© Valerian Mazataud – septembre 2013
samedi 2 février 2008, par
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Kia ora pour la dernière fois, car demain nous allons quitter le pays des kiwis, que nous n’avons d’ailleurs toujours pas vus, pour aller dire bonjour aux kangourous. On a beau changer de paysage et de maison tous les jours, on n’en garde pas moins ses petites habitudes. Récit d’une longue journée néo zélandaise, pleine de souvenirs.
Il est 7 heures, le soleil est déjà levé depuis une petite demi heure, mais peine encore à réchauffer la campagne. La montre de Val, suspendue à un fil dans la tente, à coté de nos odorantes chaussettes, émet en vain une faible sonnerie. Pourtant, miracle de l’horlogerie biologique, à 7 h 10, Val enfile son cycliste, et laisse entrer une grande bouffée d’air frais, qui coupe court aux ronflements de Seb. L’astre du jour n’est encore qu’une grosse boule rouge qui s’extirpe paresseusement des vagues du Pacifique. Est ce l’un de ces matins où la marée découvre une immense plage de la mer de Tasman, à moins que ce ne soit la brume qui se dissipe sur l’imposant fjord de Havelock sur l’île du Sud. Une chose est sûre, nous sommes en Nouvelle Zélande. Val met de l’eau à chauffer, et Seb pointe son nez hors de la tente. Le petit déjeuner est très consistant, car il doit nous faire tenir jusqu’à midi. En vrac : café, ou thé, toasts au “Peanut Butter” (beurre de cacahouette) ou à la confiture de mûre, avec ou sans Cheddar, “Marmite” (une pâte de levure, grande spécialité locale, un peu difficile au début), un grand bol de Weetabix (une invention kiwi. Eh oui !) , plus parfois un reste de salade de fruit de la veille. Il nous reste encore à ranger nos sacoches, équiper nos vélos, plier la tente, vérifier pneus et freins, et nous échauffer un peu. Rituel quotidien, bien rodé et quasi sacré, préalable indispensable à une bonne journée sur la selle.
Entre l’île du Nord et celle du Sud, notre itinéraire nous mène des forêts de pins de la capitale, Wellington, lieu de tournage du seigneur des anneaux, aux “Sounds” (fjords) de la région de Malborough, étroites langues d’océan profondément enchâssées dans l’écrin émeraude des falaises. Un autre jour, , ce sont les “Kaikoura Range” enneigées, qui se dessinent à l’horizon des plages de sable noir de la côte est. A 10 h 30 arrêt dans une des nombreuses stations qui bordent les routes pour faire le plein … d’eau, jeter nos déchets, et grignoter quelques pommes ramassées en cours de route. Nous repartons, tantôt écrasés de chaleur, tantôt glacés par le vent et la pluie de l’automne austral.
Vers 12 h 30, il est temps de s’arrêter car notre estomac crie famine. Notre stock de nouilles chinoises étant épuisé, nous avons mis au point d’excellentes recettes à base de purée d’avocat. Un temps est toujours réservé à la répétition de notre spectacle : chorégraphie, gags, jonglage, … A moins que nous n’ayons l’occasion de le présenter aux élèves d’une école, comme à Seddon et Picton, ou dans un hôpital, comme à Kaikouri. La nouvelle mouture de notre prestation déclenche une véritable cascade de rires, dont nous sommes souvent remerciés par un “Haka” général au son de la guitare, voire par une langouste et une nuit au chaud. Merci madame Marie Wilson !
A 14 h 30 nous sommes “back on the road” avec vent de face ou dans le dos, sur une petite route de campagne ou une motorway d’où nous sommes impitoyablement chassés par la police. C’est aussi l’heure des crevaisons pour Seb, qui n’a pas encore trouvé pneu à son pied. Un jour, nous posons nos vélos pour prendre le large, invités par John pour compléter son équipage dans la régate de Hawke’s bay. Je ne sais pas si nous avons été très utiles, mais ce fut une belle ballade.
A 17 h 30 nous nous mettons à la recherche d’un endroit où passer la nuit : une belle plage battue par les vagues, que nous partageons avec les otaries, un jardin, une prairie à moutons, mais s’il pleut, je ne connais pas un Kiwi qui nous laisserait dormir dans son garage. Que ce soit chez Ian le vieux loup de mer intarissable en histoires de marins, ou chez les Grant, les Wards, les Wilson, les Moretons. Tous nous ont ouvert la porte de leur maison sans hésitation et reçu comme des rois. En dehors de ces soirées mémorables, nos bivouacs se déroulent tranquillement entre rédaction des carnets de route, dessin, peinture, cartes postales, lecture, et cuisine du repas du soir, généralement composé de riz et de légumes mijotés. Nous améliorons chaque jour nos recettes, et varions les plaisirs. C’est plein de vitamines, et aussi bon qu’à la maison !
A 23 heures, les dernières volutes de vapeur d’un thé bouillant se dissipent à peine que nous nous glissons déjà dans nos duvets Alaska 1000, chaleur garantie, merci Lestra, pour une nuit réparatrice et pleine de rêves de voyage.
En espérant que nos journées australiennes seront aussi remplies, nous vous saluons bien, et à la prochaine !
Haere ra
Val et Seb