FocusZero

Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada

© Valerian Mazataud – septembre 2013


Les Martyrs de Naplouse

Par Valerian Mazataud, Photojournaliste, Montreal

vendredi 5 mars 2010, par Valerian Mazataud

Toutes les versions de cet article :

  • français

Portfolio

© Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero © Photo Valérian Mazataud/FocusZero

P.-S.

Je venais à peine d’arriver à Naplouse, aux alentours du 15 octobre, quant on a commencé à poser les affiches de Spiderman. Ici, pas question de cinéma, mais d’un fedayyeen, un guerillero palestinien, tué par l’armée israélienne deux ans auparavant, à l’issue d’un épique affrontement dans les ruelles de la vieille ville. Ce combattant là avait pour habitude de porter un chandail Spiderman, qui lui avait valu son surnom. Deux ans après, on célébrait encore sa mémoire en placardant son image ; visage fin, œil aux aguets, mais expression impassible, il posait mitrailleuse au poing, parfois vêtu d’un gilet pare-balle. Les colleurs avaient recouvert les affiches plus anciennes, déjà jaunies par le temps. Ici, à côté d’un marchand de jouets, là entre deux d’épiceries, là encore, une dizaine, le long d’un passage couvert. Autour des affiches, la vie continue, on circule, on fait des affaires, on rit, sans plus leur prêter un regard.

Pourtant les morbides posters des martyrs tombés au combat s’inscrivent dans une tradition plus large. Depuis le début du 20ème siècle, avant l’essor d’Internet, les affiches palestiniennes ont représenté le moyen privilégié de promouvoir l’autonomie de la Palestine.

Pour Dan Walsh, un collectionneur spécialiste du sujet, le mouvement iconographique palestinien peut rappeler l’imagerie de propagande des communistes, mais contrairement à cette dernière, elle a pu servir une multitude d’acteurs et de messages.

Rasha Salti, critique d’art, estime que « la production d’affiches a été un des moyens les plus importants employé par les Palestiniens pour réclamer un visage et une identité. » De plus, elle pense que la cause palestinienne a su cristalliser les aspirations libertaires des intellectuels et artistes du monde arabe. C’est ainsi que, durant les années 80, de nombreux jeunes peintres et poètes ont rejoint l’OLP à Beyrouth. Pour ces derniers, l’expression de la cause palestinienne est devenu un véritable champ d’expérimentation artistique, bien éloigné des classiques affiches de propagande politique.

La figure du fedayyeen, martyr tombé au combat, après avoir sacrifié sa vie pour défendre son peuple opprimé et humilié, a longtemps inspiré ces artistes impressionnistes ou abstraits avant de sombrer dans un réalisme photographique cru et une production de masse.

Pour Farhad Khosrokhavar, directeur d’étude à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, c’est aussi le phénomène du martyr qui est en croisance. Alors qu’auparavant, il restait cantonné aux grandes figures de l’histoire, imams, proche du prophète, etc, on assiste aujourd’hui à un « effet de mode » où le martyr n’est plus vécu comme un geste exceptionnel : « Chaque jeune aspirant peut embrasser la mort sacrée et se rehausser en quelque sorte au rang des martyrs, alors que par le passé, il était extrêmement difficile de pouvoir y accéder. »

Lætitia Bucaille, maître de conférence à l’unité Bordeaux II, auteur de l’ouvrage « Génération Intifada » remarque pour sa part l’étrange fourre tout qui entoure la notion de chahid (martyr) : « on nomme tout à la fois chahid le civil non combattant tombé sous les balles de soldats israéliens, le kamikaze qui se donne volontairement la mort en l’infligeant à d’autres, le jeune qui jette des pierres, ou celui qui, armé d’un M16, tire en direction d’un barrage militaire et qui meurt sous le feu roulant de la riposte »

Deux mois plus tard, alors que je quittais Naplouse, d’autre affiches commençaient à recouvrir les murs. Spiderman n’allait pas tarder à jaunir lui aussi.

Voir en ligne : Warehouse Magazine


RSS 2.0 [?]

Espace privé

Site réalisé avec SPIP
Squelettes GPL Lebanon 1.9