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Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada

© Valerian Mazataud – septembre 2013


Phnom Penh, Cambodge. 4 juin 2003. 10 500 km. "Bambou-Feraille".

Par Valerian Mazataud, Photojournaliste, Montreal

mercredi 6 février 2008, par Valerian Mazataud

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Soua Sadai,

Lorsqu’on se promène à Phnom Penh, on a du mal à imaginer la ville vidée de ses habitants par les Khmers rouges en 1975. Une ville fantôme pendant 4 ans, qui revient lentement à la vie, seule depuis le départ de l’ONU en 1993. Ici comme à Saigon, la folie du deux roues à moteur s’est emparée des rues. Les étals du marché central, ou du &ldquoMarché des Russes&rdquo, débordent de fruits, de poissons, de pâtisseries, de légumes, d’articles de cérémonie clinquants rouge et or, et de tout un bric-à-brac surréaliste, où les chaussettes côtoient les sécateurs et les pièces détachées pour motos. Un peu à l’image de la ville où dans les noms d’avenues, le général De Gaulle, se retrouve en compagnie de Mao Zedong, et de Sihanouk, le prince régnant.


Pas facile de sortir du Vietnam. Il faut dire qu’on y était si bien. Chaque jour on nous y a invité à boire le Rusu Trong ou un Ca Phe, chaque soir nous y avons été accueillis dans une nouvelle famille, pour une soirée mime, où seules nos mains et nos expressions de visage nous permettaient de communiquer. Quelques nouveaux démêlés avec la police, mais sans gravité. Ainsi pour être autorisés à dormir à l’école de Dinh An après un spectacle, nous prenons place dans une frêle pirogue, qui se fraye un passage dans de minuscules canaux, encombrés de jacinthes d’eau. Le maire nous attend dans sa maison sur pilotis et nous lui confions nos passeports&hellipqu’il transmet à la police, le fourbe. Quatre heures d’attente et t&rsquointerogatoire nous serons nécessaires pour les récupérer.

En approchant de la frontière, pendant quelques kilomètres nous longeons la côte du golfe du Siam, où de courtes vaguelettes grises font danser les jonques de pêche en bas des maisons. Bientôt la platitude du paysage est rompue par les profils tourmentés d’amas rocheux, qui semblent avoir été tailladés à coup de burin. Nous pédalons dans une véritable estampe. On nous refuse le passage de la frontière, et nous sommes bons pour 100 kilomètres de rab avant le prochain poste. En attendant nous passons la nuit dans une ferme de crevettes, et notre hôte, déjà bien imbibé, effectue un dérapage totalement incontrôlé en nous emmenant à la ville en scooter. Résultat, quelques égratignures, et encore un pantalon de moins pour Séb qui reprend le guidon pour la suite du trajet.

La mousson s’avance, et chaque jour une averse torrentielle, une véritable cataracte, nettoie la campagne. Pendant nos premières heures au Cambodge, la route de terre se transforme en boue, et chaque trou en piscine. Nous prenons peu à peu un autre rythme. Celui des charrettes à boeufs, et des plaines rizicoles à perte de vue, où des palmiers à sucres hirsutes secouent leurs feuilles, comme des herbes folles qui auraient trop grandi. Nous découvrons aussi le sourire Khmer qui semble constamment présent sur les visages rieurs et curieux. Autant dire que nous ne passons pas inaperçus.

Sak Han et Sam Hon, deux étudiants, sont les premiers à nous inviter dans leur village lointain au pied des montagnes. Du haut de l’échafaudage de bambou qui entoure la pagode en construction, tout n’est que rizières, canaux, digues de terre. Des buffles gras aux longues cornes arquées se prélassent au frais dans les mares. Les maisons sur pilotis sont faites de tek et de palmes tressées, leur toiture pointe haut vers le ciel, mais elle est parfois recouverte de nos bonnes vieilles tuiles. On dort et on mange assis sur de grandes tables de bois surélevées. A cette occasion, tout le village s’est réuni pour assister à notre repas, ou à notre douche salvatrice crachée par une vieille pompe à eau.

Après Takkeo, nous rejoignons une route bitumée, et demandons asile dans une pagode, où nous passons une nuit inoubliable sous la protection de Bouddha. D’abord intrigués, les bonzes s’essaient vite au jonglage, et le supérieur emporte même notre bâton du diable pour s’entraîner dans sa chambre ! Ici, le rôle des bonzes est de conseiller les villageois, d’assurer les grandes cérémonies, et de transmettre les enseignements de Bouddha. L’athmosphère est plutôt détendue, les bonzes fument comme des pompiers, échangent des blagues de potaches. Cela fait plus penser à l’ambiance d’un dortoir qu’à celle d’un monastère. Nous dormons dans la salle de cérémonie, richement décorée de peintures et de statues relatant la vie de Bouddha, et dès que Sam Nang a soufflé sa bougie, l’obscurité nous enveloppe jusqu’au lendemain matin.

A Phnom Penh, nous posons nos sacoches à la guest house "3 Moons", tenue par un toulousain. Un personnage haut en couleur, vrai tchatcheur méridional, para en Yougoslavie, et ancien DJ, il est arrivé à Phnom Penh il y a 8 ans et n’en est plus reparti. Le lendemain, Monsieur Chiiv Huung, responsable de l’Association de Parrainage des Enfants du Cambodge nous accueille dans son bureau. . Voici onze ans que cette ONG crée des centres pour enfants orphelins ou défavorisés. Hébergement, santé, alimentation, éducation, sont pris en charge grâce au soutien de plus de 3000 parrains européens, et ces enfants de la guerre peuvent à nouveau sourire à l’avenir. Avec émotion il nous présente les photos des premiers filleuls autonomes. Certains sont médecins, ou professeurs, ont fondé une famille. Il y a même le champion cycliste du Cambodge. Emballé par notre idée de spectacle, le directeur nous concocte un programme dans la capitale, et dans le pays. C’est ainsi que nous nous rendons à l’école "Apsara", où nous officions sur une grande scène de bois sombre dans un vaste bâtiment planté sur un lit de fleurs de lotus. Nous assistons à l’entraînement des enfants qui apprennent les danses traditionnelles khmères. La lente virgule des pieds, le délicat papillonnement d’une main incurvée, chaque mouvement est essentiel dans ces chorégraphies rythmées au son des xylophones de bambou.

(http://apsara2001.ifrance.com/apsar...)

Plus contemporain, le Sovanna Phum est un collectif d’artistes cambodgiens créé par une française, Delphine KASSEM, il y a près de dix ans. On y trouve aujourd’hui près de 80 artistes issus de toutes les disciplines du spectacle, une scène rentabilisée par un spectacle hebdomadaire, et une école d’initiation au cirque et à la danse. Mêlant danse traditionnelle, théâtre d’ombres, et acrobaties, la dernière création, "Roussey Dek", Bambou-Ferraille, a été retenue pour le "London International Festival of Theatre" en juin 2003.

D’un gracieux pas chassé, nous vous quittons, pour partir à la découverte des merveilles d’Angkor que nous atteindrons dans quelques jours.

Li Ah,

Val et Seb


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