Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada
© Valerian Mazataud – septembre 2013
mardi 29 janvier 2008, par
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Hola quetal ?
Nous vous avions quitté à Bragado il me semble, dans la Provincia de Buenos Aires. Que d’aventures depuis, sous le soleil de plomb de l’Argentine. Chaque jour nous découvrons un peu plus la “solidaria” argentine, sur fond de crise économique. Depuis décembre 2001, le pesos argentin a vu sa valeur divisée par trois. Ce qui se révèle plutôt une bonne surprise pour nous est une vrai calamité pour les habitants. Imaginez la vie en France avec un salaire moyen de 400 euros.
Lundi 10 février, Bragado, Hogar Saint Luis : Les “hogars”, ce sont les maisons de retraites locales. Nous venons d’y présenter notre spectacle, les deux journaux du coin et le cable local se sont même déplacés pour “l’évènement”. En passant la nuit ici, nous avons pu constater le réel manque de moyens et les terribles conditions de vie des anciens, heureusement adoucies par la gentillesse et le dévouement des infirmières. Il est minuit passé quand Martin, le frère de Claudia, infirmière de garde, vient nous chercher pour nous faire visiter la ville. Les Argentins vivent la nuit, une excellente occasion de goûter un grand cru de Mendoza et de reprendre les vieux tubes argentins à la guitare.
Mardi 11 février, Mors una hacienda : Depuis Junin, nous suivons la Ruta 188, sept cent km qui vont nous mener à San Rafael, au pieds des Andes. Ici, on oublie courbes, virages et autres zig-zags. Je ne veux voir qu’une tête. Le vent d’Est nous pousse à travers les herbes folles, les champs de maïs, de tournesols et les prairies à vaches. La Pampa ne nous laisse pas une place pour la tente. Depuis une dizaine d’années, la région est victime d’inondations provenant de pluies excessives issues des nuages bloqués par les Andes. Il nous semble parfois pédaler sur un long ponton, et si le vent se lève on s’imagine au bord de la mer. Les canards sauvages, les oies, aigrettes, et autre volatiles s’en donnent à cœur joie, avant de s’enfuir dans un bouillonnement de plumes quand un cycliste se jette à l’eau pour se décrasser. Les nuits " pampaises " sont un véritable concerto : croassements, hululements, bourdonnements, et quantité de bruits aux auteurs indéfinis, du claquement de petites cuillers, au battement cardiaque, en passant par le tambourin. Luttant avec les hordes de moustiques nous observons les éclairs dansant dans le lointain. Trois orages immenses, encore inaudibles, couvrent la prairie, illuminant les nuages de leurs éclats soudains, un véritable blitzkrieg climatique. La nuit, notre Ziggy de tente sera sauvée de l’inondation par une courageuse intervention de Seb pour remettre en place le double toit.
Mercredi 12 février, Lincoln : C’est sous une salve d’applaudissements, de sourires, d’encouragements et de questions, que nous ressortons de la maison de retraite, couverts par les flashs de Jorge et ses trois appareils. Chaque petite ville semble avoir ses propres organes de presse, télé, radio, journal, prêts à sauter sur le moindre évènement. Plus tard, c’est avec Gaston, le fils de Jorge, que nous goûterons aux “empanadas”, spécialité argentine (pâtés à la viande et aux légumes). Il parle un français impeccable, et pour cause, il est prof de Tango à Ajaccio et n’attend que son précieux visa pour repartir.
Jeudi 13 fevrier, Ameghino, caserne des Bomberos : Nous avons à peine parcouru 10 m dans le “pueblo” (village) que les représentants de la mairie nous arrêtent. Nous tombons en plein festival annuel de la ville et sommes reçus comme des VIP par la municipalité. Au programme, match de polo, ballade à cheval, dégustation de “Dulce de Leche” (confiture de lait, un must argentin), restaurant au frais de la princesse (encore de la viande, buena carne !).
Le soir, nous assistons au spectacle de José et Luis des vrais clowns argentins, des pros, à côté desquels nos petits tours de passe passe font un peu pale figure. Nous les retrouvons bien plus tard pour une séance de jonglage privée, après que les jeunes du bar se soient mis en tête de nous réhydrater à grandes rasades de Quilmes (la biere de la Pampa). Nous arrivons quand même à dormir...dans la caserne des pompiers, les “bomberos”, réveillés le lendemain par la télé locale.
Vendredi 14 fevrier, General Villago : Cette nuit le vent a tourné, fini le tapis roulant, bonjour la lutte. Notre vitesse s’en trouve réduite de moitié. Nous passons la journée à combattre les semi-remorques comme un surfeur remonte les vagues. Lancés à pleine vitesse, ils nous saluent de grand coups de klaxon avant de nous envoyer une violente rafale de vent et de gaz d’échappement.
Samedi 15 février, Realico, Commissariat de la Pampa : Cette nuit nous sommes installés dans le garage du commissariat. Nous sympathisons avec Jesus et Dario, emprisonnés depuis 4 mois. Nous échangeons cigarettes et maté à travers les barreaux et arrivons même à leur faire passer de la bière en douce. Très vite jonglage et magie animent la soirée. Les policiers s’essayent aux massues sous le regard hilare des detenus. Plus tard Jesus empoigne sa guitare et entonne les mélodiques complaintes des “auchos” (cow-boys de la Pampa) déchus. José, sergent de police et chanteur de “Cumbia” à ses heures perdues le rejoint bientôt. Le prisonnier et son geôlier accoudés aux barreaux pour unir leur voix ; une image qui restera gravée dans nos carnets de voyage.
Dimanche 16 février, Chamaico, cuisine de la Policia : Trois jours que nous luttons contre le vent d’Ouest. Nous quittons enfin la provincia de Buenos Aires pour entrer dans celle de la Pampa. Le paysage se fait plus sec, et les minuscules pueblos, perdus dans cet océan de prairie sont espacés de dizaines de km. Chaimaico est un pueblo, ou plutôt un pueblito de huit “casas” (maisons) gravitant autour d’un poste de police de la route. Nos tours amusent beaucoup Brenda et Anna, les deux fillettes du commissaire et pour nous remercier on nous offre empanadas et vin, brassé au pied s’il vous plaît.
Mardi 18 fevrier, San Rafael : La route, la route. Inexorablement, elle poursuit son chemin vers le mur andin, que nous n’apercevons toujours pas. Asphalte, vaches, champs, poteaux électriques, prairies, prairies, tel est notre menu quotidien. Deux jours nous seront ensuite nécessaires pour traverser le désert buissonnant qui sépare la fin de la Provincia de San Luis de General Alvear.
Comme vous le voyez, toujours pas le temps de s’ennuyer. Demain, nous attaquerons les Andes et nous préparons déjà nos mollets en perspective.
Ciao, Suerte
Val et Seb