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Photographie et reportages par Valerian Mazataud photographe et journaliste/Photography and reportages by Valerian Mazataud photographer and journalist in Montreal, Quebec, Canada

© Valerian Mazataud – septembre 2013


Santiago, Chili. 7 mars 2003. 7 000 km. “Loco Payasos”.

mercredi 30 janvier 2008, par Valerian Mazataud

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Hola todos !

Nous sommes au Chili depuis quelques jours, et nous y profitons d’un repos bien mérité, après une traversée des Andes épuisante mais pleine de surprises, de rencontres, et de paysages inoubliables.


A San Rafael en Argentine, où nous vous avions quittés le 18 février, nous avons rencontré quatre jongleurs argentins de Mendoza, qui financent leur vacances de façon originale. Postés à un carrefour, ils exécutent pendant le temps très bref du feu rouge, un époustouflant numéro de jonglage devant les automobilistes qui attendent. Un comparse grimé en clown rythme le tout aux percussions, et se faufile entre les voitures pour récupérer la monnaie. C’est plus amusant que de travailler sur un chantier et ca rapporte plus nous expliquent-ils ! S’en est suivie une mémorable soirée, où la recette du jour a été rapidement engloutie en “Vino Tinto”, un vin rouge local très doux. Le lendemain nous avons continué en partageant une parilla, un barbecue, de côtelette, cœur, tripes et mamelle de vache !

Poursuivant vers la cordillière, nous attaquons en guise d ’échauffement la “Valle Grande”, succession de lacs de retenu resserrés au creux de profondes vallées. Le chemin caillouteux n’est pas des plus faciles, et nous oblige à faire un détour d’une centaine de kilomètres sous une chaleur écrasante, mais les somptueux paysages qui s’offrent à nous récompensent tous nos efforts. Nous traversons ensuite les canyons arides de l’Atuel, dont les roches blanches et torturées semblent avoir été ficelées et saucissonnées par le vent et l’eau. Le lendemain, répit de courte durée sur l’asphalte de la ruta 144, traversant un vaste plateau désertique d’herbes folles, au bout duquel se profilent, fantomatiques, les ombres des Andes aux neiges éternelles. Le soir, au poste de contrôle sanitaire d’El Sosneado, nouvelle parilla avec les contrôleurs et les policiers, avant que ces derniers, véritables Starsky et Hutch de la pampa, ne s’élancent toutes sirènes hurlantes à la poursuite d’un cheval fou encombrant la route. Peu à peu, nous pénétrons dans le pays des gauchos, couteau à la ceinture, sombrero vissé sur la tête, lasso en bandoulière et éperons au talon des Nike.

A Malargue, les montagnes sont tellement proches qu’il nous semble pouvoir les toucher du bout des doigts. Après un dernier spectacle donné à l’hôpital, plus regardé par les visiteurs que par les pensionnaires, nous attaquons notre première journée de montée le lendemain sous une chaleur accablante. Très vite le goudron cède la place aux éboulis, et à une piste de pierres, qui a tout de la tôle ondulée. En fin d’après midi le vent d’ouest se lève, il ne faiblira plus pendant les trois jours suivants qui resteront les plus durs, mais les plus beaux depuis notre départ. Le soir venu, nous avons la fierté de penser que nous avons bien mérité de contempler l’extraordinaire beauté de la vallée verdoyante où nous nous installons. Jamais le ciel ne nous a paru aussi étoilé. A l’aube le soleil éclaire les flancs des vallées une à une, long préambule à une chaude journée. Nous suivons le cours du “rio Chico” qui bouillonne au fond de vallées escarpées. D’immenses troupeaux paissent dans les prairies verticales, dans un silence que seul vient troubler le vent charriant des nuages de poussière.

Quand le couchant embrase le ciel d’un incendie de nuages roses, nous descendons de nos vélos harassés par une journée de secousses, vibrations et autres tremblements. Surgissant du haut de sa montagne, Aurelio, le “Loco Lelo” nous salue d’un large coup de sombrero, de toute sa superbe, tel un Don Quichotte des Andes. Il appartient à cette race de cavaliers magnifiques que sont les gauchos, ces cow-boys argentins. Il nous fait traverser le rio à cheval, pour rejoindre le camp d’été qu’il partage avec Diego, au milieu de leurs quelques 1600 têtes de bétail. Pour l’occasion, il sacrifie un agneau, dont nous partageons la viande tendre, grillée au feu de bois. La nuit venue, nous nous endormons sur les selles des chevaux, sous de multiples couches de couvertures.

Le lendemain nous franchissons le col de Pehuinche, au terme d’une infernale montée à pic, dans la caillasse et le sable, sous des rafales de vent glacé. Géographiquement nous sommes maintenant au Chili, mais il nous faudra encore tout l’après midi pour contourner les eaux d’un bleu profond de l’immense laguna Maule. Au terme d’une des journées les plus difficiles de notre voyage, nous sommes à nouveau accueillis dans un poste de contrôle sanitaire. Hors de question toutefois de franchir la frontière avec nos légumes et notre cuisse d’agneau, cadeaux de Loco Lelo. Qu’à cela ne tienne, les deux papys du poste nous préparent un feu et agrémente notre repas de truites du lac, saucisses, patates douces, le tout arrosé de grandes rasades de “Pisco”, l’alcool national chilien, un alcool de vin de muscat, à boire glacé.

Enfin, nous entamons une longue descente de 2000 mètres de dénivelée, qui nous mène au Pacifique. La route est si mauvaise, qu’à chaque secousse, nous redoutons que nos vélos ne volent en éclat, et nous avec, mais nous nous en sortons plutôt bien, avec seulement deux crevaisons et un pneu déchiré pour Seb. Le paysage se fait moins aride, et nous terminons la journée dans la bien nommée “Suisse chilienne”, entre les champs de mûres et de pommes.

Au matin du jour suivant, pour la première fois, nos routes se séparent, car Val fonce à Santiago pour accueillir Michèle, sa copine. La capitale est une ville immense, posée aux pied des Andes, où circulent des dizaines de bus hystériques, dans une foule très métissée. Les “Mapuches”, indiens natifs, sont encore très présents. L’animation des rues et des petits commerces contraste fortement avec l’Argentine, et le niveau de vie est bien plus élevé, avec apparemment de grandes disparités sociales.

Michèle et Val filent à Valparaiso, à une centaine de kilomètres de la capitale. La ville est plongée dans une paisible retraite, l’ancien port des cap-horniers n’est plus, et seules restent les collines encerclant la ville, et les maisons colorées qui dégringolent vers le Pacifique, telle une cascade de dominos multicolores. Pendant ce temps, Seb panse ses blessures chez Keno, un photographe du journal “El Centro” de Talca, croisé à la frontière argentine.

Finalement tout le monde se retrouve chez Fabio, dessinateur et caricaturiste, avant que Val et Michèle ne partent vers Puerto Montt, ses lacs et ses volcans, pendant que Seb écumera les villes de la côte centrale, mais rassurez vous, nous nous retrouverons tous les deux pour continuer le voyage.

Hasta luego,

Val et Seb


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